| Lesjeudis.com : Quelles conclusions tirez-vous des résultats de ces enquêtes de la Dares ? Régis Granarolo : Les chiffres de l’enquête de la Dares sur « Les tensions sur le marché du travail au premier trimestre 2008 » sont à prendre avec précaution car l’enquête ne se base que sur les offres d’emploi informatique déposées à l’ANPE. Or, toutes les offres d’emploi ne sont pas publiées par l’ANPE et tous les demandeurs d’emploi en informatique ne sont pas inscrits à l’ANPE ! De fait, si l’on regarde les chiffres des offres d’emploi, on constate une légère régression pour l’ANPE tandis que les autres sites comme Lesjeudis.com par exemple, affichent une progression dans la mise en ligne d’offres spécialisées sur le secteur informatique (+10% sur Lesjeudis.com entre janvier et juin 2008). Néanmoins, il est encore trop tôt pour conclure à une véritable baisse des tensions sur le marché du travail informatique. Les informaticiens bénéficient certes d’une situation favorable de quasi plein-emploi avec un chômage en baisse, mais ce taux n’atteint pas les chiffres des années fastes de 1998-2001 où l’on comptait moins de 15 000 demandeurs d’emploi en informatique. Bien qu’en baisse continue depuis 2004, le chômage des informaticiens connait néanmoins un ralentissement de sa décrue depuis deux ans : moins 8367 demandeurs d’emplois sur l’année 2006, moins 5476 demandeurs sur l’année 2007, moins 2646 sur le 1er semestre 2008. Lesjeudis.com : Comment expliquer ce chômage alors que l’on parle couramment de pénurie de main d’œuvre ? Régis Granarolo : L’expression pénurie de main d’œuvre est une fausse idée qui est employée maladroitement. Pour être plus précis, il faudrait parler de pénurie de certaines compétences ou de difficultés de recrutement sur tel ou tel profil... En fait l’utilisation à tort et à travers de cette expression porte préjudice aux informaticiens touchés par le chômage. Les profils les plus concernés par ce chômage restent les quadragénaires et quinquagénaires, parfois des autodidactes mais en tout cas des informaticiens moins diplômés (niveau bac +2). On trouve aussi beaucoup de provinciaux car malheureusement le marché de l’emploi informatique est loin de se régionaliser et l’essentiel des postes se situent toujours en région parisienne. La situation de chômage notamment pour les seniors met en exergue le besoin crucial de programmes de formations adaptés à cette population, bien que le problème relève avant tout des discriminations à l’embauche. D’autre part un constat vient en opposition à cette idée de pénurie de main d’œuvre : la création nette d’emploi de 15 000 nouveaux postes en 2007 est très inférieure à la création brute d’environ 45 000 postes en 2007. Ce rapport montre que la hausse des recrutements cache principalement une hausse du turnover...plutôt que des créations nettes de postes ! Lesjeudis.com : Comment voyez-vous l’évolution du marché de l’emploi ? Régis Granarolo : Le marché de l’emploi informatique reste un marché très cyclique et corrélé à la croissance économique. On sait qu’en cas de ralentissement de l’activité et du chiffre d’affaires des entreprises, les services informatiques sont les premiers touchés. Actuellement au niveau national et mondial, le contexte économique est assez tendu, si bien que nous nous attendons à une inflexion du marché de l’emploi informatique en 2009. Néanmoins, nous restons relativement optimistes à moyens terme, sauf si les délocalisations offshores s’emballent. *Pour l’ANPE : Personnes sans emploi, immédiatement disponibles, tenues d’accomplir des actes positifs d’emploi, à la recherche d’un emploi à durée indéterminée à temps plein. Télécharger l’enquête sur les tensions sur le marché du travail Voir les derniers chiffres du chômage de la Dares Accéder au site du MUNCI |