« Nous sommes mandatés par des SSII et des banques d’investissements pour trouver des informaticiens qui ont une double compétence en banque/finance. » Jérôme Bonnard, le PDG du cabinet de recrutement RCBF-Consulting, annonce la couleur : « Les clients veulent des candidats bien formés et immédiatement opérationnels. C’est à nous de leur trouver l’oiseau rare ! » La raison : « Notre marché évolue au rythme du Cac 40. Plus les marchés sont actifs, plus on mettra de l’argent dans l’informatique. » Muriel Amar, directrice du développement des ressources humaines chez Atos Origin, l’une des grandes SSII françaises, complète : « Aujourd’hui, nos clients ont pris conscience que les systèmes d’information ont évolué, qu’ils sont devenus stratégiques. Ils leur permettent de se différencier et d’améliorer leur compétitivité. Mais ces systèmes d’informations n’étant pas leur cœur de métier, ils font appel à des sociétés de service qui ont les compétences pour les accompagner dans leurs projets. » Des SSII corrélées au marché, actuellement à la hausse…
Chiffres à l’appui, Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l’Apec, a noté de 2001 à 2004 « une chute continue des recrutements dans l’industrie et dans l’intermédiation financière, et une forte hausse des recrutements dans les activités informatiques (SSII). Cette tendance est manifeste : en 2004, l’industrie n’a recruté que 3 % de cadres informaticiens contre 9 % en 2000, et dans la même période, l’intermédiation financière en a recruté 1 % contre le triple en 2000. Dans le même temps, le pourcentage de cadres informaticiens recrutés dans les SSII a augmenté de 18 %. » Ce qui confirme que les entreprises, pour recruter des informaticiens, passent de plus en plus par les sociétés de services.
Mais la tendance est-elle vraiment nouvelle ? Pas tant que cela, indique Didier Neyrat, DG de Cadextan. « Le marché des SSII a beaucoup ralenti entre fin 2001 et fin 2003. Lorsque l’activité repart, les clients réinvestissent et, mécaniquement, les SSII auxquelles ils font appel repartent également. La croissance de Cadextan a ainsi été de 40 % en 2005. » Il poursuit : « Les clients recrutent de plus en plus eux-mêmes, surtout avec l’effet papy-boom qui s’annonce. Ils confient des missions aux SSII qui vont recruter par mission ou par profil. En ce moment, la tendance va aux compétences particulières en Java, DotNet ou C++. Mais je pense qu’un tiers des candidats des clients finaux sont recrutés en direct, un tiers par Internet et un tiers par des prestataires. »
Tous les profils recherchés
La grande différence toutefois avec la période précédant la crise des années 2001-2003 est qu’aujourd’hui, tous les profils sont recherchés. « Le candidat qui possède une triple compétence en mathématiques, informatique et banque/finance peut se voir offrir huit postes », annonce Alexande Bonin de RCBF-Consulting. La tendance est confirmée par Muriel Amar : « Les profils à double compétence représentent 300 recrutements en 2006 chez Atos Origin France, soit 15 % du recrutement total. Ils sont en forte augmentation, puisque nous en avons recruté 150 en 2005. » Mais de très nombreuses opportunités (1700 en 2006) existent aussi pour des profils plus classiques. Et 40 % des recrutements concernent les jeunes diplômés.
Président d’Altalys, jeune société de 28 mois conçue par quatre associés connaissant bien les SSII et qui avaient fait le pari d’un rebond après les années noires, Pascal Leblanc va plus loin : « Nous recrutons tous les profils. Nous sommes dans une importante phase de demande de techniciens hot line aux ingénieurs à bac +5... Les clients ont besoin de notre réactivité pour avancer sur leurs projets. »
Mais quand la mission est terminée, que faire de ces experts ? Si aucun client final ni SSII n’évoque clairement la flexibilité, c’est pourtant bien celle-ci qui est induite dans ces recrutements, et semble satisfaire tout le monde lorsque le marché repart. Car les trois parties peuvent y trouver leur compte : les intermédiaires payés par les clients finaux pour trouver des candidats opérationnels; les candidats qui pourront ajouter des lignes sur leur CV. Enfin, les entreprises qui n’auront pas à licencier ces informaticiens puisque la mission est contractuellement d'une durée limitée. Quant à ceux qui rêveraient de davantage de sécurité, ils peuvent lancer des candidatures directement auprès des clients finaux ou tenter, à l'issue d'une mission, d'être définitivement recrutés. Mais c'est un autre sujet... |