| Au menu des terminologies « modernes » dont les spécialistes nous rebattent les oreilles, figure le projet professionnel. Un terme qui évoque une vision à long ou tout au moins à moyen terme, et qui laisse supposer que son auteur reste maître de son destin. Selon la définition de l’Insa Rennes, « construire son projet professionnel est une démarche personnelle qui permet de mettre en adéquation son profil professionnel, ses aspirations ou ambitions, sa connaissance des milieux socioprofessionnels et celle du marché de l’emploi ». Une belle perspective donc, qui même si elle n’est pas forcément réaliste, présente au moins le mérite de fournir objectifs et directions à des chercheurs d’emploi et salariés souvent désemparés lorsqu’il s’agit de choisir une évolution interne ou un nouveau job. A plus forte raison lorsqu’on est jeune et que l’avenir se profile largement devant soi, chargé d’incertitudes et de choix. Une démarche d’autant plus importante que justement aujourd’hui, les jeunes sont extrêmement sollicités par les entreprises pour décrocher leur premier emploi. « Aujourd’hui, les jeunes sont relativement autonomes pour effectuer leur choix, car ils ont bien compris qu’ils sont en quête d’un projet professionnel et non pas d’un emploi. Les critères immédiats ne suffisent pas », constate Laurent Trébulle en charge des relations entreprises à l’Epita. C’est pourquoi depuis quelque temps – en particulier depuis la crise qui a violemment touché le secteur informatique – les écoles et universités se sont attelées à aider leurs étudiants à se frayer un chemin dans la jungle de l’entreprise. « Nous dispensons des cours de « formation humaine », une discipline qui regroupe les enseignements de la communication orale, écrite, interpersonnelle ainsi que la connaissance de l’entreprise - management, techniques de recherche d’emploi... Pour nous, c’est un tout. Il s’agit, au bout du compte, de définir un projet en adéquation avec le profil de l’étudiant », indique Corinne Goetz, Responsable du département Formation Humaine à l’ECE (Ecole Centrale d’Electronique). Une tendance suivie par la plupart des écoles d’ingénieurs et des universités qui consacrent une partie des temps d’enseignement à la préparation de ce projet. Pour autant, toutes n’y mettent pas autant d’ardeur. Là où certaines se contentent d’un vague atelier de recherche d’emploi en fin d’études, d’autres sensibilisent les étudiants dès leur arrivée dans le cursus. Question de volonté, mais aussi de moyens. « Pas question d’attendre la dernière année ! », avertit ainsi Corinne Goetz. Si elle s’appuie sur de véritables besoins, l’arrivée du projet professionnel dans le cursus est également rendue indispensable par les nouvelles dispositions de l’organisation des études selon le modèle européen LMD. Chaque semestre, le choix des matières - majeures et mineures – relève du casse-tête. C’est pourquoi l’ECE commence dès la première année à aider les étudiants dans leurs choix, non pas sur des critères immédiats, mais dans le cadre d’un début de projet en gestation. Au fil du temps, les projets s’élaborent. Pour finalement parvenir, en dernière année, à définir très précisément le secteur d’activité, le type d’entreprise et de poste qui correspondent aux objectifs. « Il s’agit alors de voies d’approfondissement », explique Corinne Goetz. En lien avec le projet, il faut s’ouvrir vers des secteurs d’activité et des spécialisations – finances, monétique, wifi, véhicules intelligents... « Nous les orientons progressivement en travaillant sur la stratégie de recherche de stage et en définissant le portefeuille de compétences nécessaires. Il s’agit d’identifier dans les expériences leur valeur ajoutée et les facteurs motivants. Nous anticipons le plus possible », poursuit Corinne Goetz. Une anticipation qui concerne donc non seulement les choix des matières mais aussi des stages, qui sont devenus ces derniers temps extrêmement – trop ? – déterminants pour l’avenir professionnel des informaticiens. « Parmi les principaux facteurs de différenciation figurent les stages qui ont été réalisés avec efficacité. Bien choisir son stage est un gage d’embauche », confirme Laurent Trébulle. A plus forte raison le choix du stage dans la droite ligne du projet professionnel constitue un des jalons essentiels ! |