Lesjeudis.com : Bonjour, vous êtes Délégué Général de l’association Pasc@line. Pouvez-vous nous présenter l’association.
Jean-Louis Bernaudin : Pasc@line a été créée au printemps 2006 sous l’égide du Syntec (la chambre syndicale professionnelle des sociétés de services (Organisme patronal rassemblant près de 1250 groupes et sociétés françaises spécialisées dans les professions de l'Ingénierie, des Services Informatiques, des Études et du Conseil, de la Formation Professionnelle.) en collaboration avec certaines écoles d’ingénieurs. Aujourd’hui, l’association compte environ 80 établissements, des écoles d’ingénieurs, qui ont été récemment rejointes par des universités (notamment les MIAGE et Polytech). L’un des objectifs de Pasc@line est de comprendre pourquoi il existe une désaffection des jeunes pour les professions autour des technologies de l’information. Cette situation s’illustre notamment au niveau des formations, alors que les écoles peinent à trouver des étudiants motivés, mais également du côté des SSII qui sont confrontées à des difficultés de recrutement. Concrètement, l’association Pasc@line se propose de travailler en profondeur sur l’impact que les technologies de l’information vont avoir sur les métiers à venir. Cette réflexion passe par une collaboration avec les enseignants par exemple, pour réfléchir sur les formations à mettre en place afin d’intéresser les jeunes et être en adéquation avec le futur marché de l’emploi.
Lesjeudis.com : Il y aurait donc un désintérêt des jeunes pour l’informatique et les technologies ?
Jean-Louis Bernaudin : Je ne pense pas qu’il y ait désintérêt mais plutôt usage passif. En fait nous constatons un paradoxe : aujourd’hui les jeunes utilisent en permanence les technologies de l’information (chat, internet, téléphones portables…), technologies qui font d’ailleurs partie de leur univers quotidien, mais ils ne montrent pas l’envie d’en savoir plus sur ces technologies. Avant, la technologie passionnait car on avait la sensation qu’elle pouvait transformer le monde dans lequel on vivait, mais de nos jours, je ne pense pas que l’on sache vraiment transmettre cette vision aux jeunes générations. Pasc@line souhaite donc s’employer à redonner envie aux citoyens et aux futurs acteurs de la société civile et professionnelle, de reprendre en main ces technologies et ainsi avoir le pouvoir d’influer sur l’avenir. Bien sûr, notre action est menée en collaboration avec tous les pôles de compétences nécessaires : écoles de management, chercheurs, entreprises,… Lesjeudis.com : Quelles sont les raisons qui pourraient justifier ce manque d’intérêt des jeunes pour les technologies ?
Jean-Louis Bernaudin : Il n’y a pas de réponse tranchée sur cette question. D’un côté, il existe dans les formations de vraies difficultés à intéresser les jeunes à des cours magistraux particulièrement dans les technologies immatérielles. Il faudrait donc dans un premier temps s’interroger sur les modalités d’enseignement car les recettes bicentenaires ne fonctionnent plus. Nous constatons d’un autre côté que dans les écoles d’ingénieurs, les jeunes diplômés ont tendance à rejeter les sociétés de services (et pas seulement les SSII), sans vraiment les connaître pour briguer en priorité les entreprises du CAC 40 !
Lesjeudis.com : Et les filles dans tout ça ? Menez-vous des actions particulièrement à leur attention ?
Jean-Louis Bernaudin : Les filles sont les plus nombreuses à préparer un bac S et ont généralement de meilleurs résultats que les garçons. Mais l’obtention de ce baccalauréat ne garantit pas leur orientation vers la filière scientifique pour leurs études supérieures. Les filles se dirigent en effet plus volontiers vers des filières comme les sciences humaines ou les filières scientifiques comme la biologie ou la médecine. Concernant l’informatique, les filles en ont une perception plutôt négative. Elles conservent la vision caricaturale « des geeks », qui restent 12h par jour derrière leurs ordinateurs… Pourtant bien loin de ces idées reçues, le métier d’informaticien est au contraire au cœur de l’entreprise et suppose de nombreuses relations avec les individus et les différentes entités qui la composent. Lesjeudis.com : Pensez-vous que les SSII sont frileuses à l’embauche des jeunes ?
Jean-Louis Bernaudin : Non je ne pense pas, bien au contraire. Les sociétés de services en général ont un modèle économique fondé sur des embauches de débutants ayant un fort potentiel et capables de faire face à tout type de situation pour leur offrir ensuite des perspectives d’évolution rapide au sein de l’entreprise. En revanche, il est vrai que ces SSII n’ont pas forcément une vision à long terme de leurs besoins en recrutement et c’est là l’action de Pasc@line que de mener une réflexion sur l’avenir. Lesjeudis.com : Pouvez-vous nous dire à partir des réflexions de Pasc@line, quels pourraient-être les nouveaux métiers à venir dans les prochaines années ?
Jean-Louis Bernaudin : On ne peut pas donner véritablement un métier en passe d’émerger, mais ce qui est certain, c’est qu’à l’avenir, ce sont les métiers multidisciplinaires qui vont être recherchés. Dans la finance par exemple, il faut non seulement avoir une base mathématique très poussée pour comprendre les mécanismes financiers, mais également des compétences techniques afin de pouvoir manipuler les outils financiers. Cette demande des doubles compétences nécessitera donc la mise en place de nouvelles formations et Pasc@line souhaite réfléchir afin d’accompagner ce changement. Merci Jean-Louis Bernaudin d'avoir répondu à nos questions. En savoir plus sur http://www.assopascaline.fr/ |