Le turn-over semble être une composante inévitable de notre monde en général et de l’informatique en particulier. Mais les informaticiens seraient-ils plus nombreux que les autres à changer de fonction, de métier ou d’entreprise ? Et pour quelles raisons ? Eléments de réponse.
Premier élément significatif pour savoir si le turn-over augmente dans l’informatique : l’évolution des salaires. Ainsi, les plus fortes progressions de salaire à l’embauche cette année, par secteurs, concernent les administrateurs (+17,1 %) suivis par les chefs de projet informatique (+15,3 %). Dans cette enquête d’Expectra, les ingénieurs qualité voient au contraire leur salaire à l’embauche augmenter de 3 % seulement. Ces évolutions salariales dans l’informatique par rapport à d’autres métiers seraient-elles révélatrices d’un turn-over qui se développe dans le secteur ? « Certes, indique Emmanuel Chauvin, responsable études et enquêtes des salaires chez Expectra, mais l’autre point important de l’étude est l’évolution des métiers. Certains profils sont plus capés cette année. On sent par exemple une tension réelle sur le marché pour des profils comme administrateur Unix ou Lotus. » Et c’est la première grande leçon du marché du travail, nettement tendu sur certaines fonctions : inévitablement, l’appel d’air se crée lorsque les profils les plus rares sont chassés et débauchés. Mais est-ce pour autant que le turn-over s’accroît ?
Informaticiens en SSII ou non
L’enquête Apec Mobilité 2006 montre une légère inflexion sur le mythe du turn-over tous azimuts : pour la quatrième année consécutive, près de 8 cadres (tous secteurs confondus) sur 10 n’ont pas connu de changement dans leur vie professionnelle au cours de l’année écoulée et 13 % ont évolué au sein de leur entreprise. La mobilité externe est aussi stable, s’établissant à 5 %. « Cette enquête souligne que dans les entreprises de plus de 50 salariés, les cadres sont moins enclins à envisager de changer d’entreprise quand la mobilité interne est encouragée et facilitée », complète Catherine Martin, présidente de l’Apec.
Toutefois, une analyse plus précise montre que les offres d’emplois cadres dans l’informatique ont augmenté de 62 % en 2005 : plus de 7 offres sur 10 sont proposées par les SSII et les éditeurs de logiciels. « La mobilité externe est nettement plus élevée pour les informaticiens en SSII (7 %) que pour les autres (2 %) », lit-on dans la même étude.
Ces chiffres doivent être rapprochés de ceux avancés par l’Apec en début d’année : près de 40 000 recrutements prévus dans l’informatique en 2006 (contre 49 700 en 2000 et 21 200 en 2003), dont 8 à 10 000 créations de postes. De plus, l’informatique devrait représenter 22 % des recrutements cadres en 2006. La tendance est confirmée par Anne Vaisbroit, déléguée aux affaires sociales du Syntec Informatique : les entreprises qu’elle côtoie au quotidien sont dans une logique de recrutement ; l’augmentation du turn-over est directement liée à ce phénomène. A noter toutefois : seules 48 % des offres annoncées sur le site de l’Apec aboutissent à des recrutements effectifs. Ce qui relativise l’effet mobilité, sans toutefois remettre en cause la belle embellie de l’emploi.
Le climat social au cœur du turn-over ?
Si l’on peut relier les évolutions salariales au turn-over, l’étude de l’Apec évoque d’autres raisons qui poussent les cadres à changer : « Plus d’un tiers des cadres en informatique hors SSII estiment que le climat social de leur entreprise est susceptible de se dégrader dans les prochains mois contre 22 % en moyenne. 16 % disent qu’il y a eu un plan social dans leur entreprise contre 8 % au global et 15 % des licenciements économiques contre 12 % au global. Le climat de l’entreprise est donc moins favorable pour les informaticiens hors SSII que pour leurs confrères des SSII, générant insatisfactions et craintes pour l’avenir. » Les conditions et la qualité du travail sont donc aujourd’hui prises en considération par les salariés, qui examinent avantages et inconvénients d’une mission en régie ou au forfait par exemple. « Le turn-over, qui s’était fortement ralenti, s’est accéléré ces 6 derniers mois. C’est bizarre : on multiplie les pots de départ et en même temps, on a beaucoup de mal à recruter des personnes compétentes sur certains métiers », selon un informaticien en poste. Les retours des clients des Jeudis.com nous permettent d’ailleurs d’estimer le taux de turn-over actuel des SSII autour de 12-15 %. Conclusions du terrain, qui devraient être rapidement confirmées par des chiffres officiels !