L’offshore peut effrayer : la délocalisation n’est-elle pas synonyme de perte d’emplois en France, au profit des entreprises et de salariés situés dans des pays émergents ? Eléments de réponse.
L’offshore ne laisse pas indifférent. Pour preuve : Capgemini, qui prévoit d’employer 10 000 personnes en Inde en 2007, n’a pas souhaité répondre à nos questions ! L’entreprise n’est toutefois pas la seule à investir en capital financier et humain dans ce nouvel eldorado : selon JDN Solutions, en effet, SAP aurait débloqué un milliard de dollars sur 5 ans pour étendre sa présence en Inde et confié à sa filiale SAP Labs India 20 % de sa R&D. 750 nouveaux salariés devraient être embauchés pour rejoindre les 2 750 déjà présents à Bangalore. Selon la même source, EDS devrait créer 15 000 emplois d’ici 2 ans : son personnel offshore monterait ainsi à 45 000. JDN Solutions annonce même que « dans le même temps, le groupe poursuit un vaste plan de restructuration amorcé l'année dernière. Ayant déjà supprimé 1 000 emplois depuis le début de l’année, il prévoit de réduire ses effectifs de 4 000 postes d’ici fin 2006. » Quant à CSC, elle devrait supprimer 1 800 postes en Amérique du Nord d’ici à 2008 et 5 000 postes majoritairement situés en Europe, tout en délocalisant près de 2 000 emplois sur des implantations en Inde.
Une guerre de chiffres
Peut-on établir que les délocalisations entraînent des suppressions de postes ? Pour le Munci (Mouvement pour une union nationale des consultants en informatique), pas de doute : « L’offshore prend des formes multiples avec un but unique : la réduction des coûts et/ou celle de la masse salariale par le dérobement au coût du travail, pour la course à la profitabilité. » Sachant que les personnes employées sur place le sont sous contrat de travail local, qui diffère de celui des informaticiens expatriés – demeurant sous droit français. Même analyse de LMI en 2005, citant Frost&Sullivan : pour la France, la délocalisation d'emplois informatiques aurait connu une croissance de 5,9 % entre 2002 et 2004, incluant le support client, le support technique, le développement logiciel, l'administration réseaux, la construction de matériel, l'assurance qualité et le help desk.
Jean-François Rambicur, président de la commission économie-marchés du Syntec Informatique minimise, de son côté, les risques évoqués : « Syntec évalue l’offshore à moins de 2 % du CA des SSII en France pour 2005. Le nombre d’informaticiens travaillant pour la France depuis l’étranger est estimé entre 3 000 et 5 000 pour cette période. L’augmentation annuelle de l’offshore est de 40 % environ, ce qui signifie qu’en 2009-2010, l’offshore pourrait représenter entre 6 % et 7 % du CA des SSII en France. Ces chiffres sont à mettre en perspective avec ceux des Etats-Unis et du Royaume-Uni, où l’offshore représente 10 % environ du CA des entreprises concernées, et avec le développement des centres de services établis en province, qui représentent entre 6 % et 8 % du CA des SSII. » Et de conclure : « L’offshore demeure faible, même si son développement est aujourd’hui inexorable. Il est structurellement limité : on peut estimer le plafond théorique des prestations « offshorisables » à moins de 15 % du CA des services informatiques. »
Le Sénat très dubitatif…
Les pouvoirs politiques sont toutefois plus prudents : selon le rapport de juin 2005 de Jean Arthuis, président de la Commission des Finances du Sénat, 3 catégories de délocalisation existent : pures, diffuses et non-localisations. « Les délocalisations présentent deux aspects fondamentaux : la délocalisation par « délocalisation pure ou diffuse », qui se traduit par une perte nette d'emplois pour la France, et la délocalisation par « non-création » en France, dite « non-localisation », équivalente sur le plan économique, en termes d'emplois : il y a un manque à gagner pour le marché du travail français. » Le cabinet Katalyse va plus loin, prévoyant pour 2006-2010 la délocalisation de 202 000 emplois de services, soit 22 % de la création nette d'emplois salariés au cours des 5 dernières années. Or, 80 % de ces pertes d'emplois seront concernées par des non-localisations et seulement 1 sur 5 par des délocalisations au sens strict du terme. Tout est donc question de définition et surtout de vases communicants entre emplois créés et détruits. Et sur ce lien de causalité, les économistes n’ont pas fini de débattre…