| Pour certains, le terme constitue une distinction sinon honorifique, tout au moins synonyme de forte évolution de carrière et donc de rémunération. Qu’on soit consultant, chef de projet, développeur expert … l’ajout du terme « senior » est un véritable bonus, une récompense pour services rendus, une reconnaissance de compétences supérieures à la moyenne. Et souvent, s’accompagne d’une responsabilité managériale. Mais pour la plupart, senior signifie tout simplement … chômeur. En particulier dans le secteur informatique et dans les SSII où les aléas de la conjoncture dessinent d’année en année les contours mouvants du marché de l’emploi. Si la tendance à exclure les plus âgés existe depuis bien longtemps dans le secteur, elle s’est nettement accentuée depuis le début du siècle : les années de crise ont fourni une belle occasion de se « débarrasser » des plus confirmés, sous prétexte de salaires élevés ou de compétences inadaptées à l’évolution des technologies. Et pourtant : depuis deux ans, la reprise est bien là, les plans de recrutements ont repris de plus belle, et la bataille fait rage entre les SSII pour recruter les jeunes à peine sortis d’écoles. Des jeunes qui, dans le même temps, sont de moins en moins nombreux en raison de la désaffection des filières scientifiques. Or force est de constater que cette très forte reprise laisse les seniors en marge du mouvement. Les raisons invoquées par les recruteurs – à voix basse bien sûr : trop chers et peu malléables … les stéréotypes ont la vie dure, ici comme ailleurs. Un gâchis prodigieux : à 45 ans, Jacques a tout tenté pour sortir de l’ornière. Licencié économique d’une grande SSII en 2004, il passe près de deux ans en recherches infructueuses. Parmi ses spécialités, les SGBD – Oracle en particulier. En 2005, il se lance dans une formation de 3 mois sur les nouvelles technologies, J2EE précisément. A priori le choix semble bon : la technologie est en vogue, les compétences y sont encore rares … « Malgré une formation longue et d’excellente qualité, les employeurs n’ont pas suivi », raconte-t-il. « J'ai fait un effort en proposant de faire un stage conventionné gratuit pendant trois mois, ça n'a pas marché. Cette reconversion a été ratée. » Une histoire malheureusement trop courante … « Les seniors sont discriminés car ils ne connaissent pas les nouvelles technologies », entend-on souvent dire par les recruteurs, en guise d’excuse. Certes l’arrivée massive des technologies objet a créé une véritable rupture de compétences. Mais ce n’est là qu’un facteur aggravant ou tout simplement un prétexte. Car la véritable raison tient malheureusement en peu de mots : question de rentabilité. « Dans les années 80, on savait gérer les carrières. Aujourd’hui, les SSII subissent une forte pression sur les prix. Et se ruent donc sur les jeunes. Entrer dans une SSII à 35 ans, c’est irréaliste. Personne ne vous embauchera », constate un membre du Syntec Informatique. Un constat affligeant mais qui reporte la responsabilité finale sur … les clients. Les clients, pour la plupart grands comptes dans les secteurs de la banque, de l’assurance, mais aussi opérateurs télécoms ou grandes entreprises de services en tous genres cherchent bien entendu à réduire leurs factures informatiques, en particulier depuis les passages à l’an 2000 et à l’euro qui leur ont coûté des fortunes. Mais il ne faut pas oublier que le parcours de carrière du secteur a toujours consisté à entrer en SSII pour trouver, un jour, une « place en fixe » chez un client. Qui ensuite chouchoute ses informaticiens jusqu’à un âge avancé. Ce modèle serait-il révolu ? Pas de réponse claire du côté des grands clients qui dans leurs discours ménagent chèvre et choux. « Pour ma part, je me bats pour garder les seniors. Si mes seniors s’en vont, cela signifie que le modèle ne marche plus », répond courageusement Alexandra Girard, Responsable ressources humaines de Business et Décision. Ou tout simplement l’âge du senior aurait-il baissé dramatiquement ? « En moyenne, on est senior entre 30 et 32 ans », indique encore Alexandra Girard. Un constat qui reflète la situation dans tout le secteur. Une simple lecture des offres d’emploi en dit long sur cet âge limite en baisse constante : « cherche développeur senior 3 ans d’expérience ». Petit calcul simple : il s’agit d’une personne de 25 à 27 ans environ. Et déjà senior ? Une aubaine pour l’avancement certes, mais après ? Impossible de deviner ce qu’il adviendra de tous ces seniors de plus en plus jeunes dans les années à venir. Une chose est sûre : le secteur, une fois encore, confine à la schizophrénie. Car derrière les offres ronflantes et nombreuses de compétences en nouvelles technologies, se cachent des besoins de plus en plus criants en … anciennes technologies, que plus aucun jeune ne veut ni ne peut remplir. Et pour cause : rares sont aujourd’hui les écoles qui enseignent les technologies mainframe. Qui constituent toujours et quoiqu’on en dise 80% du parc informatique en France ! Cherchez l’erreur ? |