Le multisalariat gagne à être connu. A première vue, il ressemble au concept d’indépendant pour lequel le free-lance enchaîne les missions et reçoit une rémunération. L’indépendant peut alors gérer cette situation par l’obtention d’un numéro de SIREN et se déclarer aux différentes caisses. Il a aussi le choix d’avoir recours à une société de portage qui le salarie et s’occupe de toutes les déclarations administratives… en lui prélevant sa dîme au passage. Mais le multisalarié ne raisonne pas en termes de « missions » : il est en CDI avec plusieurs entreprises. C’est un salarié intégré à ses sociétés, bénéficiant des mêmes avantages que les autres, ayant des congés payés calculés au prorata du temps passé dans l’entreprise et en cas de licenciement de l’un de ses employeurs… il peut percevoir les Assedic tout en continuant à travailler pour les autres sociétés ! La règle d’or : aucun conflit d’intérêts
« Ce concept de pluri-employeur n’est pas fortement utilisé dans nos activités, indique Anne Vaisbroit, déléguée aux affaires sociales de Syntec informatique. Les employeurs sont très soucieux de la confidentialité de certains projets et ne sont peut-être pas enclins, pour certains postes, à partager les compétences des collaborateurs. En outre, au regard des modalités de travail en mode projet, ce partage du temps de travail n’est pas forcément très adéquat. »
Même analyse chez Max Valencourt, directeur de l’Observatoire du temps partagé à l’ANDCP (Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel), créé en 1993 : « L’impératif de base est qu’il ne peut y avoir de concurrence ni dans les projets, ni dans les entreprises. Par exemple en génie électronique d’un côté et en menuiserie industrielle de l’autre. » Dans un monde fortement concurrentiel, ce concept est limité. Résultat : dans l’informatique, le phénomène est surtout provincial, circonscrit aux TPE ou PME de moins de 200 salariés. « En province, l’anonymat n’existe pas. Quand une entreprise embauche un cadre à temps partiel, les autres le savent. » Les entrepreneurs se fréquentant sans doute davantage qu’à Paris, ils peuvent se partager les compétences d’un informaticien… qu’ils n’auraient pas embauché à temps plein.
Dans ce jeu de « gagnant-gagnant » où la flexibilité est la variable acceptée, le salarié ne souffre ni d’ennui ni de la pression ressentie par ceux qui sont sur un poste unique. « Si en pratique on peut aller jusqu’à un nombre illimité d’employeurs, en général on reste à deux collaborations car il est intellectuellement difficile de mener plus de deux projets en parallèle », poursuit Max Valencourt. Les jeunes diplômés ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : « Depuis trois ans, ils sont chaque année davantage à se diriger vers le multisalariat pour multiplier les expériences », conclut-il. |