30 % des ingénieurs occupent aujourd’hui des postes non techniques, selon le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF). Faut-il craindre une baisse de leurs compétences dans leurs métiers d’origine ? Pas encore, mais une chose est sûre : le prestige de la technologie a diminué, au profit de la finance ou du commercial.
Revenir à la technique ? Il n’y pense « pas une seconde ». David Levert, commercial chez Capgemini Telecom, a pourtant fait ses débuts dans l’entreprise comme ingénieur développement en 1997, après son diplôme de l’Institut National des Télécommunications. Mais son manager lui a très vite proposé d’évoluer vers le commercial, au regard de ses très bonnes relations client. Ayant connu les deux métiers, il reconnaît qu’aujourd’hui « celui de commercial est nettement plus valorisé en termes de responsabilités, de salaire, d’accès à la direction... Le métier d’ingénieur est devenu moins prestigieux qu’il y a quelques années. »
Comme lui, de nombreux ingénieurs bifurquent vers le commercial, le conseil, le marketing ou la finance. Ce phénomène concerne aujourd’hui un tiers des ingénieurs, selon le CNISF. Il n’est certes pas nouveau : dans certains secteurs, des compétences techniques sont toujours appréciées, y compris pour des fonctions commerciales ou la conduite de projets. « Il m'apparaît difficile d'être réellement crédible pour exercer dans le conseil voire parfois comme commercial en SSII... si l'on n'a pas une formation initiale ou une expérience professionnelle comme informaticien », estime ainsi Régis Granarolo, président du MUNCI (Mouvement pour une union nationale des consultants en informatique). L’évolution des ingénieurs vers le management est également habituelle et logique en seconde partie de carrière. Des reconversions qui ont d’ailleurs tendance à augmenter avec le phénomène de discrimination des “seniors” à l'embauche, qui apparaît dès la quarantaine.
L’image des ingénieurs auprès du grand public a changé
Mais la nouveauté réside plutôt dans une évolution des représentations du métier d’ingénieur en lui-même. Le prestige du management semble avoir remplacé celui de la science et de la technique. La preuve par l’argent : le salaire annuel médian d'un ingénieur dans le marketing ou le commercial s'élève à 63 000 €, contre 50 300 € pour un poste en production. « Il y a 50 ans, les ingénieurs étaient tout puissants dans l’entreprise, rappelle Daniel Ameline, délégué régional du CNISF. Un élève bon en science s’orientait presque automatiquement vers les grandes écoles d’ingénieur. Ceux qui allaient en école de commerce étaient considérés comme des fils à papa qui n’avaient pas pu faire mieux ! Depuis, le commerce ou la finance se sont nettement valorisées. Beaucoup d’élèves hésitent donc à s’embarquer dans le parcours difficile de la prépa+école d’ingénieur, et préfèrent aller en école de commerce. Le choix de formation s’est diversifié, ce qui a mécaniquement affaibli le poids des ingénieurs. D’ailleurs, aujourd’hui, la moitié des patrons du CAC 40 ont une formation d’ingénieur, mais l’autre moitié a une formation commerciale ou juridique. »
Les écoles d’ingénieurs ont accompagné cette évolution, en offrant une formation de plus en plus généraliste : elles consacrent en moyenne 20 % de leurs cours aux matières non techniques ou scientifiques. Une façon de répondre aux attentes des employeurs, mais aussi d’attirer les élèves. Pourtant, c’est dans les secteurs techniques que les prévisions de recrutement sont les meilleures, selon la dernière étude de l'Apec : la recherche-développement, l'informatique et l'ingénierie, le BTP...
D’où un début de mobilisation de la profession et des pouvoirs publics, pour lutter contre cette tendance et tenter de redorer l’image du métier d’ingénieur. Certaines écoles jouent par exemple la carte de l’hyperspécialisation, sur des secteurs techniques pointus. D’autres ont signé une convention-cadre avec Syntec Ingénierie, l'organisme professionnel du secteur, visant à multiplier les stages pour rapprocher les enseignants et les étudiants de l'univers des sociétés d'ingénierie. « Auprès du grand public, l’image des ingénieurs n’est plus qu’à moitié valorisante, s’inquiète Daniel Ameline. D’un côté, on les met en avant sur des grands projets comme Airbus ou le viaduc de Millau, mais de l’autre, on critique le progrès technique comme source de pollution, d’accidents... Pourtant, ce sont bien des ingénieurs qui sont les plus qualifiés pour résoudre ces problèmes ! Ils sont essentiels à la dynamique d’un pays. Il est primordial de revaloriser la R&D et la technologie auprès des jeunes, pour ne pas voir les compétences de nos jeunes ingénieurs diminuer. »
Les Jeudis
Commentaires
18/09/2007 16:08:50 - Isabelle P. Ah bon? Les ingénieurs sont dévalorisés? Quelle nouvelle! A l'heure où n'importe quel contrôleur de gestion a plus de respect et de pouvoir dans l'entreprise, à l'heure où n'importe quel vendeur de camelote gagne plus d'argent, à l'heure où n'importe quelle entreprise vit au rythme du cours de bourse et des dividendes au détriment de l'avancement des projets ou des produits, à l'heure où n'importe quel service de R&D peut être transféré à l'autre bout du monde sans état d'âme, à l'heure où l'emploi informatique se résume à maquiller les CV pour vendre de la chair fraiche, à l'heure où toutes les annonces de recrutement précisent 2 à 5 ans d'experience (et après on fait comment?), à l'heure où on voit dans la presse des annonces "recherchons Ingenieurs Bac+3" (?????????), vraiment, quelle nouvelle. Quand je pense qu'il y a 15 ans, à la remise de diplome (d'ingénieur, je precise), on nous a claironné "Vous êtes l'élite de la nation", il y a de quoi pleurer. Ou rire, c'est selon.
18/09/2007 16:08:26 - Robyno Le problème vient aussi qu'on devient vite périmé dans le domaine technique, on a alors tout intérêt à s'orienter plus rapidement vers d'autres fonstions. Ensuite, il y a un paradoxe : exiger des compétences de haut niveau très spécialisées dans une époque ou les besoins apparaissent ou disparaissent très rapidement (type délocalisation). Voyez la microélectronique : des années d'études très spécialisées pour ensuite arriver sur un marché du travail qui s'enfuit à l'étranger !!
18/09/2007 16:07:51 - François.F Témoignage: Je suis ingénieur Informatique en SSII pour la banque, et malgré ma formation, des comme moi, il y en a plein les poubelles!! Je vois souvent des personnes qui n'ont pour ansi dire jamais fait d'infos à la base mais plutôt de la finance, et qui, finalement, je les vois capables de faire la même chose que moi. En revanche, je ne peux pas prétendre connaitre la finance comme eux dans un rapport équivalent. Moralité: Toute personne un tant soi peu intéressée peut apprendre le métier de l'infos. La vraie "science informatique" n'est pas pratiquée tous les jours. Ce genre de constatation ne valorise pas vraiment mon diplôme, c'est sur... Cela dit, il me permet de manger, c'est déja ça ... Amitiés à tous.