Le CNE est entré en application le 4 août 2005. Il est exclusivement réservé aux entreprises de moins de 20 salariés… soit 96 % des entreprises françaises. Et si, juridiquement, c’est un « contrat à durée indéterminée », il se différencie du CDI par ses modalités de rupture. En effet, le CNE commence par une période de 2 ans dite « de consolidation de l’emploi », durant laquelle l’employeur peut rompre librement et sans avoir à justifier le licenciement. L’indemnisation de licenciement est de 8 % de la rémunération brute totale. « Il n’y aurait pas eu de CNE, j’aurais eu un CDD… »
Responsable du service relations entreprises d’Esigetel (Ecole Supérieure d’Ingénieurs en Informatique et Génie des Télécommunications), Emmanuelle Perraud indique qu’à sa connaissance, aucun des jeunes diplômés de la dernière promotion n’a été contacté pour travailler en CNE. « Parfois, les entreprises ne veulent même pas rendre un étudiant lorsqu’il est en stage chez elle, alors qu’il lui reste encore un an ou deux pour obtenir son diplôme », souligne-t-elle avec humour. Mais aucune trace de proposition de CNE, comme dans de nombreuses écoles interrogées. Un (rare) témoignage pourtant : Thibault, jeune diplômé de l’université François Rabelais de Tours. « J’ai travaillé pendant 4 mois, d’octobre 2005 à janvier 2006, sous ce statut, avant d’être embauché par une SSII parisienne où je travaille actuellement. Il n’y avait pas spécialement d’argument pour m’embaucher sous ce régime. Il était simplement plus souple pour l’entreprise. » Dans son cas, le CNE a-t-il généré une embauche qui n’aurait pas eu lieu sans lui ? Pas vraiment. « Il n’y aurait pas eu de CNE, j’aurais eu un CDD », estime-t-il avant de conclure : « La motivation de l’entreprise était surtout de prendre le contrat le moins contraignant pour elle. Ce qu’on ne peut pas lui reprocher. »
En 2005, 97 % des recrutements en CDI
Anne Vaisbroit, déléguée aux affaire sociales de Syntec informatique, précise : « Dans le secteur des L&S, les sociétés ont très peu recours à ce type de contrat. Si l’on se fonde sur les données de l’observatoire social de Syntec informatique pour l’année 2005, moins de 1 % des sociétés de moins de 20 salariés de notre panel ont formalisé un CNE. » Une recherche par contrat/ profil (administrateur) sur le site de l’ANPE va dans ce sens : sur 194 offres, 163 CDI et 1 CNE. Selon Anne Vaisbroit, « cette absence d’engouement pour ce contrat montre bien, au-delà de toute polémique sur ce thème, que nous sommes confrontés à une problématique de recrutement, liée à une pénurie de profils portant sur certaines compétences (commerciaux, architectes, consultants métiers, consultants ERP, ingénieurs systèmes ou experts techniques) et que nous ne souhaitons pas proposer aux collaborateurs des CNE. D’ailleurs, 97 % des recrutements en 2005 l’ont été en CDI. » Le Syntec confirme ce que les entreprises et les écoles informatiques indiquent en « off » : pour séduire les candidats, il faut leur donner des garanties ! Anne Vaibroit poursuit : « Bien qu’en 2005 nous ayons recruté plus de 40 000 personnes, dont 8 à 10 000 créations nettes, et que les tendances et volumes de recrutements soient similaires pour 2006, le secteur doit faire face à différents mouvements impactant fortement les recrutements. » Et de décrire les 149 000 créations de postes d’informaticiens, les 58 000 départs en retraite d’ici à 2015 (Dares) et les problèmes posés par la désaffection pour les études scientifiques, la concurrence intrasectorielle et la perte d’attractivité pour les professions du secteur... A l’encontre d’un marché français de l’emploi morose, le secteur informatique est aujourd’hui marqué à la fois par une croissance et une pénurie sur certains profils. Les mots bannis par les recruteurs sont désormais « précarité », « flexibilité »…et CNE ! |