« Nous n’avons pas de demande particulière pour des postes de chef de projet », répondent en cœur plusieurs SSII contactées. Une chose est sûre : « La pénurie d’informaticiens est pour demain ». Ainsi, selon une synthèse de la Dares/Commissariat général du Plan parue en décembre 2005, près de 150 000 créations nettes d’emplois en informatique sont prévues d’ici à 2015. Perspective réjouissante certes, mais encore lointaine. Plus proche de la réalité, l’étude de l’Apec, qui a demandé aux entreprises leurs prévisions de recrutement pour 2006. Le résultat est édifiant : dans l’informatique, elles envisagent de recruter 45% d’informaticiens de plus qu’en 2005. De 36 800 à 39 800 embauches qui pourraient être faites en 2006. L’an dernier, ils n’étaient pas moins de 27 500 cadres informaticiens à avoir (re)trouvé un emploi.
L’Apec confirme encore la bonne santé du secteur : l’indicateur mensuel des offres d’emplois cadres pour avril 2006 met en évidence une augmentation dans le domaine informatique en jours ouvrables comparés de 19 % par rapport à avril 2005. Autre information : les secteurs les plus recherchés sont ceux de l’informatique de gestion et de l’informatique industrielle. Et si les offres montrent un certain ralentissement entre mai 2005 et avril 2006 par rapport à la période précédente, le secteur reste l’un des plus dynamiques - avec celui des cadres commerciaux.
Des chefs de projet polyvalents…
Dans la guerre que se livrent tous les recruteurs, des chasseurs de têtes aux SSII en passant par les entreprises de travail temporaire, difficile de savoir qui recherche qui. Mais en corrélant la reprise de l’emploi dans l’informatique avec le dynamisme de nombreuses SSII qui affichent crânement des CA en progression de deux chiffres, il paraît évident que les projet sont à la hausse. Conclusion logique : les meilleurs chefs de projet ont immédiatement été captés par la vague de reprise d’activité à partir de la mi 2004 et travaillent désormais directement avec le client final. Ils peuvent aussi avoir été reconduits sur d’autres projets par les sociétés de services qui les emploient. Mais qui sont ces « meilleurs » chefs de projet ? « Ceux qui sont polyvalents », selon Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l’Apec. Avec une mention spéciale à ceux qui possèdent des connaissances en bases de données, en Internet/ Intranet ou en Open Source.
… et maîtrisant les technologies récentes
En amont de la chaîne, puisqu’il dirige 50 centres de formations, Pierre François, PDG d’Avolys, confirme que les chefs de projet recherchés sont ceux qui possèdent une expérience, même petite, et surtout des connaissances sur les dernières technologies. En d’autres termes, ceux qui ne se sont pas remis à niveau depuis la dernière crise dans le secteur ne sont pas approchés par les entreprises se disputant les mêmes profils. Les informaticiens qui maîtrisent Cobol ont moins de chance d’être recrutés que les adeptes d’Itil ou CMMI !
Christophe Bougeard, directeur marketing d’Expectra, la filiale du groupe Vedior, spécialisée dans le recrutement des bac +2 à bac +5 dans l’informatique-télécommunications, l’ingénierie et technologies industrielles ainsi que dans la gestion et le management, constate également des tensions sur le marché. Il voit trois types de chefs de projet : « Les « métiers » pour commencer, spécialisés dans l’organisation de la société cliente, avec des compétences en ERP, Oracle, SAP ou Peoplesoft. Les « techniques » ensuite, spécialisés en nouvelles technologies, .Net, Java, JEE ou Websphere. Ceux enfin qui ont la vision globale du système de l’entreprise, des compétences techniques assez larges sur la sécurité, les serveurs, la téléphonie. Ces trois profils sont complémentaires, tous sont recherchés. » Que conclure de l’enquête ? Que les chefs de projet au fait des évolutions dans l’informatique et plutôt jeunes diplômés sont recherchés. Leur double particularité est intéressante pour les recruteurs, notamment sur le plan financier. Mais il ne faudrait surtout pas non plus perdre de vue que le chômage touche encore et toujours environ 40 000 informaticiens. Chefs de projet ou non. |