| Les années noires de l’emploi informatique seraient-elles terminées ? Après avoir triplé entre 2000 et 2003, le chômage des informaticiens a enfin baissé en 2004 (- 5 000 demandeurs d’emplois, soit une baisse de 10 %). Une tendance qui se confirme depuis le début 2005, avec une baisse de 15 % en 4 mois. Autre indicateur positif : selon les chiffres de l’APEC, c’est bien la fonction informatique qui tire la croissance du marché des offres d’emploi cadre. Les offres destinées aux informaticiens ont ainsi augmenté de 45 % au 1er trimestre 2005 et de 62 % au seul mois d’avril. « La reprise est très nette depuis le début de l'année, confirme Raphaël Sagon, ingénieur chez Alten. Ça embauche à tour de bras, et les plans de co-optation sont relancés. Comme à la belle époque, on voit déjà une pénurie sur certains profils. Il y a 2 causes à cette vague d''embauche : une vraie croissance du marché, avec une reprise des besoins chez les grands comptes (télécoms, automobile...); mais aussi beaucoup de départs, dus à un certain ras-le-bol. » Les chiffres optimistes doivent donc être relativisés. Ainsi, en 2004, 25 000 cadres informaticiens ont été recrutés dans les SSII, et pourtant le chômage n’a baissé que de 10 %. Les créations nettes d’emplois restent faibles, du fait des nombreux départs volontaires et suppressions de postes, et du faible nombre de promotions internes. Autre sujet d’inquiétude : le taux de chômage sectoriel, d’environ 9 %, reste près de deux fois plus élevé que le taux de chômage moyen des cadres en France.
Disparités et remises en causes humaines Réelle, la baisse du chômage des informaticiens masque en fait de nombreuses disparités. Les recrutements baissent chez les utilisateurs (- 30 % en 2004) alors qu’ils progressent dans les SSII (+18 % en 2004). La reprise est moins forte en province qu’en région parisienne, qui concentre 64 % des embauches en 2004 et 73 % de celles prévues en 2005. Elle profite peu aux bac +2, et encore moins aux demandeurs d’emploi de longue durée. Elle masque aussi, parfois, de profondes remises en cause humaines. « La baisse du chômage dans notre secteur est en partie due aux nombreuses reconversions de seniors hors secteur informatique, qui vivent très mal leur rejet une fois passée la quarantaine, estime Régis Granarolo, président du Mouvement pour une Union Nationale des Consultants en Informatique, une association qui tente de fédérer les informaticiens (Munci). Elle s’explique aussi par la "déqualification" d’informaticiens, dont les compétences métiers ont pris le pas sur les compétences en informatique : ils ne recherchent plus dans le domaine informatique mais désormais dans un autre métier... » Ce sentiment de ras-le-bol est perceptible dans toutes les sociétés de service, estime Raphaël Sagon : « Les salaires sont quasiment gelés depuis 3 ans, sous le double effet des 35 heures et du ralentissement du marché. Les informaticiens sont souvent obligés de travailler sur le premier projet qu'on leur propose, et l'ambiance générale s'en est ressentie. Logiquement, cela devrait s'atténuer avec la reprise, mais il y a toujours une certaine inertie. » La situation du marché de l’emploi informatique semble donc très paradoxale : d’une part, le marché redémarre et de nombreuses sociétés se remettent à recruter ; de l’autre, de grosses sociétés informatiques comme IBM ou Oracle annoncent de vastes plans de licenciement et les informaticiens restent peu confiants dans leur avenir. D’autant plus que les intentions de recrutements cadres marquent le pas pour le 2e trimestre 2005... Et qu’à moyen terme, les menaces sur l'emploi perdurent, avec la progression de l’offshore, de l’industrialisation des services et de la concentration du secteur. |