| "Recherchons un ingénieur de bonne connaissance en informatique de process temps réel ou souhaitant acquérir la compétence et l'exercer pendant quelques années, dont la mission sera de concevoir et de développer les applicatifs de process". Après un an passé dans une SSII, Sylvain Marcatur, informaticien de 29 ans, décide de changer de braquet, non pour épaissir son portefeuille, "mais pour éviter une routine pesante". Il répond à cette annonce sur un site emploi. Surprise : l’annonce n’est plus valable depuis un mois, mais il la retrouvera néanmoins sur un autre site. "Surfer sur les sites emploi à la recherche d’un poste intéressant peut se révéler à la longue une perte de temps, confie-t-il. Plusieurs fois, j’aboutis par recoupement à des doublons, alors forcément je me pose des questions. Pourquoi ces annonces perdurent-elles alors que le poste est pourvu ?" Il arrive également que le libellé des annonces ne corresponde pas réellement au poste recherché. Cela a été le cas pour Alain Gérard, informaticien spécialisé en VBS : "Moi-même, j’ai été recruté par une annonce qui ne correspondait pas au poste pour lequel j’ai été engagé. Les annonces, même pointues, ne correspondent parfois à aucun poste, car le marché évolue rapidement."
Marché hyper réactif Sophie Vandermeersch, responsable recrutement chez CSC Computer Sciences, insiste également sur cette hyperréactivité du marché. Elle fait souvent appel aux sites en ligne. "Nous travaillons en flux tendus. Notre société ne recrute pas sur projet, mais au fil de l’eau. Et s’il nous arrive de laisser une annonce longtemps sachant que la cible est déjà chassée, c’est parce que ce type de profil est nécessaire tout au long de l’année." Alors pourquoi ne pas conserver les CV et relancer l’annonce plus tard ? "Parce que la durée de vie d’un CV est faible dans nos métiers, elles est de 15 jours !" L’annonce parasite offre aussi l’avantage de générer du trafic et donc d’accentuer la rentabilité du site d’annonces en ligne.
Autre explication possible : pour les sociétés cotées en bourse, le fait de montrer au grand jour sa bonne santé n’a que des effets positifs pour d’éventuels investisseurs. L’avantage reste cependant limité. En fait, certaines SSII provisionnent des profils de candidats en attendant la réelle demande des sociétés ou en répondant à des appels d’offre. Parfois, elles s’adossent à des cabinets et ne les paient qu’une fois les candidats embauchés. Si le recruteur met en concurrence plusieurs conseils, l’annonce se retrouve automatiquement démultipliée. D’ou l’impression pour les aspirants ingénieurs de retrouver des intitulés de postes quasi identiques.
Arrangements avec la réalité Quand plusieurs SSII répondent en même temps à un projet, l’effet démultiplicateur sur les annonces joue de façon mécanique. « Si leurs ressources internes ne sont pas suffisantes, certains arrangent la réalité en s’inventant une main-d’œuvre pas encore recrutée pour remporter l’appel, confie M. Detante, responsable technique chez Sully group. Dans tous les cas de figure, il faut soit puiser dans les viviers de CV en ligne, soit publier des annonces en ligne. » D’ou le risque de voir surgir un flot d’annonces concentré sur le même poste. Il faut cependant savoir que la grande majorité des SSII spécialisées dans le développement connaissent une pénurie de profil type : développeur java ou .net avec 3 ans d’expérience. Au dessous, le candidat est trop débutant, au dessus, il est trop cher.
Alors, Internet est-il devenu une zone où prolifèrent les annonces bidons ? Un monde où les SSII s’en donneraient à cœur joie en libellant fictivement des intitulés de postes imaginaires ? Pas si simple. "Au même titre que les annonces immobilières ou automobiles, l’actualisation des sites dépend de leur professionnalisme, note Alain Gérard. Bien souvent, les sites ne sont que les hébergeurs et ne gèrent pas l’actualisation des annonces. Alors qu’il y a pénurie de main d’œuvre informatique, les SSII ont peu intérêt à inonder le marché de l’emploi de fausses annonces." Qu’on se rassure : la France n’a pas encore rejoint le monde du travail américain, où certains employeurs mal intentionnés utilisent les annonces dans le but criminel de récupérer des données confidentielles comme les numéros de compte bancaires, afin de dépouiller une victime en position fragile… |