Les femmes & les métiers de l'informatique : « Les stéréotypes perdurent »

Monique Moutaud, présidente de l’Association Française des femmes ingénieursAlors que la Ministre de la Parité et de l’Egalité professionnelle, Nicole Ameline, vient de présenter son projet de loi pour l’égalité salariale à l’Assemblée nationale, où en est le secteur informatique en matière de présence des femmes et d’égalité entre les sexes ? Monique Moutaud, présidente de l’Association Française des femmes ingénieurs, répond.

Lesjeudis.com : Les femmes ingénieurs sont-elles moins bien payées que les hommes ?

Monique Moutaud : "D’après l’enquête 2002 du CNISF (Conseil National des ingénieurs et scientifiques de France), le salaire médian des femmes ingénieurs se situait à 38 400 euros par an. Sachant que le salaire médian des cadres en 2002, toutes populations confondues, était de 46 000 euros annuel. L’écart salarial entre les hommes et les femmes se creuse avec l’âge. Au niveau des débutants, l’écart est de 3 %. À 30 ans, c’est 6 %. Pour les 40-49 ans, c’est 25 %. Pour les 50-65 ans, c’est 32 %... On va donc plutôt dans le bon sens, même s’il reste beaucoup à faire."


Lesjeudis.com : Et qu’en est-il de la présence des femmes dans les secteurs informatiques et technologiques ? A-t-elle évolué ces dernières années ?

MM: "Le taux moyen de filles diplômées d’écoles d’ingénieur est de 23 %, alors qu’il y a 43 % de filles en terminale S. Il était de 15 % en 1985 et de 22 % en 1995. Depuis 10 ans, on assiste à un plafonnement. L’ensemble des étudiants va moins volontiers vers des études scientifiques, mais c’est encore plus marqué pour les filles, qui vont plutôt vers les écoles de commerce, la médecine... Les stéréotypes perdurent. Pourtant, une femme peut très bien réussir dans les domaines high tech. Elle a toute la rigueur nécessaire. Il lui faut juste ne pas se sous estimer par rapport à ses collègues masculins."


Lesjeudis.com : Comment expliquer cette lenteur de l’évolution des mentalités ?

MM: "C’est un problème de société. Les stéréotypes sont dans la tête des enseignants, des parents, et même des élèves. Les garçons sont davantage poussés vers les métiers scientifiques et technologiques, alors que les filles se sous-estiment systématiquement. D’où l’importance des initiatives récentes en matière de communication, comme la remise d’un prix Joliot-Curie par le ministère de la Recherche, qui encourage les initiatives pour que plus de filles s’orientent vers les sciences. Ou encore le prix Excellencia, premier prix de la femme high tech, qui sera remis le 8 juin 2005 par le ministère de la Parité, sous sponsoring Microsoft et Epita. La prise de conscience de cette désaffection des jeunes pour les sciences et les filles en particulier est devenu un sujet de préoccupation de niveau national et gouvernemental."


Lesjeudis.com : Et du côté des entreprises ? La prise de conscience existe-t-elle ?

MM: "Les choses bougent. L’année dernière, la campagne « IndustriElles », lancée par l’Union des industries et métiers de la métallurgie, avait pour but d’attirer les femmes dans le monde de l’industrie. Il y a encore énormément à faire dans ce domaine, notamment au niveau des techniciennes. Les mentalités misogynes dans les ateliers de production doivent êtres surmontées. Il n’existe pas toujours d’installations prévues pour accueillir les femmes : vestiaires, toilettes… Les femmes ingénieurs sont bien mieux accueillies.

Des réseaux de femmes inter-entreprises sont aussi créés, comme le cercle InterElles, qui comprend des entreprises high tech comme IBM, General Electric, Schlumberger, France Telecom…, et permet aux femmes d’échanger entre elles sur leurs expériences. D’autres réseaux, enfin, sont créés à l’intérieur de certaines entreprises. Chez Accenture, par exemple, le réseau « Accent sur Elles » sensibilise les femmes au fait qu’elles peuvent accéder à tous les niveaux de management. EADS affiche clairement sa volonté de promouvoir plus de femmes. Même au niveau international,chez Schlumberger, les dispositifs de mobilité prennent en compte la problématique du couple…"


Lesjeudis.com : Y a-t-il encore des résistances à la féminisation du secteur ?

MM: "Les femmes DSI se comptent sur les doigts de la main. Dans les fonctions de direction générale, les femmes sont presque absentes. On accepte de leur confier des missions d’experts ou de chefs de projet, notamment chez les moins de 30 ans, mais à plus de 45 ans, les hommes sont directeurs de projets, et peu de femmes y ont accès. Même si les femmes sont entrées dans l’informatique et l’industrie, elles se heurtent au fameux « plafond de verre », comme dans les autres secteurs d’activité, en ce qui concerne l’accès aux plus hautes responsabilités. Il reste à faire sauter ce plafond !"



Plus d'infos :
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