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Une autre analyse du marché de l'emploi informatique Régis Granarolo, Président du le Mouvement pour une Union Nationale des Consultants en Informatique, a bien voulu répondre à nos questions pour nous faire partager sa vision du marché de l’emploi IT.Lesjeudis.com : Votre analyse du marché de l’emploi informatique va à l’encontre des prévisions optimistes du Syntec notamment. Pouvez-vous nous préciser et nous faire partager votre examen ? Régis Granarolo : "C’est une question simple et complexe à la fois qui doit être abordée sous des angles différents… Avant toute chose, il est important de connaître précisément le niveau de chômage dans notre secteur…et les chiffres sont éloquents : Fin novembre 2004, le ministère du travail totalise près de 44 500 DE en informatique pour la seule catégorie 1, soit un taux de chômage sectoriel d’environ 8% : c’est la fourchette basse. Si l’on prend en compte toutes les catégories de demandeurs d’emplois (il en existe 8), on obtient alors une fourchette haute d’environ 67 000 DE, soit un taux de chômage sectoriel d’environ 12%. Mais le chiffre le plus proche de la réalité est d’environ 55 600 DE (Catégories1+4+6) ce qui nous un taux de chômage sectoriel plus objectif d’environ 10.1%. Il correspond au double du taux de chômage moyen des cadres en France (70% des informaticiens sont cadres, le taux le plus élevé de tous les secteurs économiques). A noter que ces statistiques ne prennent pas en compte les nombreux consultants indépendants sans missions… et que tout cela représente trois fois plus de chômeurs en informatique qu’il y a 3-4 ans ! Par ailleurs si les prévisions et les études sont une chose, la réalité en est une autre ! Et pour commencer, il s’agirait de mieux tirer les leçons du passé. En effet, des erreurs magistrales ont été commises il y a quelques années sur cet exercice périlleux de la prospective sur notre marché du travail : la totalité des instituts économiques, cabinets d’analystes et syndicats patronaux annonçaient une pénurie croissante d’informaticiens tout au long de la décennie 2000-2010. "Le marché de l’emploi dans l’informatique restera déficitaire pendant de nombreuses années. On parle en effet d’un besoin de 4000 postes dans les SSII en 2004..." (Jean-Paul Eybert, ex-délégué général du Syntec Informatique : Courrier Cadres n°1266, 11 septembre 1998). Pourtant, ceci n’a visiblement pas dissuadé les plus audacieux de se prêter à nouveau à ce jeu très équivoque : selon toute vraisemblance, la « prévision » d’une nouvelle pénurie de main d’œuvre dans notre secteur d’ici quelques années est dénuée de tout fondement et laisserait plutôt sous-entendre le besoin de maintenir un déséquilibre stratégique sur notre marché du travail. Non seulement ces prévisions sont extrêmement risquées mais en plus, elles ne tiennent généralement pas compte de la situation actuelle de notre marché du travail avec son important sureffectif d’informaticiens… qui ne peut se résorber en quelques années ! De plus, il est important de prendre un certain recul vis à vis des annonces de recrutements (qu’il s’agisse des prévisionnels de recrutements ou d’offres ponctuelles) pour les raisons suivantes : > leur utilisation à des fins de communication publicitaire/marketing, > le taux important des recrutements abandonnés pour des raisons d’ordre budgétaire/concurrentielle. Ainsi, alors que les deux tiers des offres en informatique sont générées par les SSII, celles-ci anticipent souvent leurs besoins sans aller jusqu'à l'embauche. > et surtout la GRH de type « stop and go » dans de nombreuses SSII qui pratiquent, parallèlement à l’embauche de nouvelles recrues plus adaptées aux besoins immédiats, des licenciements individuels de collaborateurs en intercontrat. Dans le même ordre d’idée, il faut prendre également en compte le turnover plus important dans nos sociétés IT que partout ailleurs. Il s’agit également d’être prudent vis-à-vis des informations données à propos de l’évolution globale des effectifs dans les SSII en raison de leur « croissance externe » de plus en plus fréquente à l’étranger en particulier dans les pays « low-cost » tels que l’Inde, les pays de l’Europe de l’Est, le Maghreb. Les créations d’emplois annoncées sont elles locales ou portent-elles sur l’ensemble des implantations du groupe dans le monde entier ? En plus de tous ces facteurs, il faut rappeler le décalage qu’il peut y avoir entre la publication de bons résultats financiers et la création d’emplois, du fait d’un paramètre important et propre aux SSII : le taux d’intercontrat. En effet, une SSII fonctionne idéalement avec un taux d’intercontrat faible (de 5% à 15%) mais peut continuer à assurer plus ou moins longtemps son activité avec des taux plus élevés (jusqu’à 30% voire 40%). La création d’emplois nette est donc censée intervenir seulement après le placement des collaborateurs en intercontrat... De plus, Il faut faire preuve de discernement parmi les différents « niveaux d’informations ». Certes, le rythme de la reprise reste soutenu pour les informaticiens, selon le suivi mensuel de l'Apec, avec une progression de 47% en octobre 2004 (offre cumulée sur douze mois) par rapport à octobre 2003. On peut même trouver des progressions de +65% entre le 2e trimestre 2004 et 2003. Oui mais le niveau de l’offre était AU PLUS BAS en 2003 ! Et ceci n’a pas empêché l’ANPE d’enregistrer un millier de demandeurs d’emplois en informatique supplémentaires sur cette période. Certes, l’APEC a enregistré 21 200 recrutements de cadres informaticiens en 2003. Pourtant, pendant de temps là le chômage des informaticiens a augmenté de près de 23% ! Pour 2004, l’APEC prévoyait entre 26 000 et 28 000 recrutements de cadres informaticiens…que peut-on en conclure ? Enfin, Il faut en finir définitivement avec cette confusion entre main d’œuvre et compétences en informatique. Le MUNCI dénonce le discours irrationnel de la "pénurie d’informaticiens". Avec un taux de chômage sectoriel d’environ 12%, il doit être évident à tout le monde qu’il n’y a, ni maintenant ni dans les années à venir aucune pénurie quelconque d’informaticiens à redouter. Cependant, du fait de plusieurs facteurs assez spécifiques à notre marché du travail, il est exact que certaines pénuries de qualifications ou de compétences peuvent parfois se faire ressentir provisoirement et au cas par cas par nos SSII. Voici ces facteurs et leurs explications : > Les projets informatiques nécessitent de plus en plus fréquemment des compétences multiples. Ces "banalités" ont de fortes répercussions sur notre marché du travail : la recherche de profils hyper ou multi-spécialisés est souvent la norme. > Le marché des appels d’offres dans notre secteur est un marché extrêmement concurrentiel aux délais souvent courts : lorsqu’un donneur d’ordre publie ou envoie sa demande, il s’adresse à un nombre important de SSII qui recrutent bien souvent sur projet. Celles-ci, de plus en plus soucieuses d’ajuster le contrat de travail au contrat commercial, n’ont pas toujours les compétences disponibles en interne et vont déposer une annonce à chaque appel d’offre reçu de la part d’un client, ce qui accentue l’impression de "pénurie de compétences" quand elles ne trouvent pas aussi rapidement qu’elles le voudraient un profil sur mesure. Mais au final, il n’y a qu’un poste à pourvoir. > La formation et la gestion des compétences est bâclée dans la plupart des SSII aussi bien dans les périodes de forte activité comme celle que nous avons connu entre 1997 et 2001 - car les collaborateurs étant toujours affectés à des projets, pas le temps de les former - que les périodes de crise comme celle que nous connaissons depuis - causes : restrictions budgétaires, licenciements des collaborateurs en intercontrat et embauche de nouveaux profils sur mesure. En particulier, les SSII ont bien trop peu investies les années passées dans les collaborateurs à la recherche de l’expertise dans leur spécialité et ceux voulant se destiner à des fonctions de chef /directeur de projet. Aussi, le marché peut-il effectivement rencontrer quelquefois de courtes pénuries sur certaines compétences (ex : expertise nouvelles technos, consultants ERP, doubles compétences informatique-finances) ou certaines qualifications (chefs de projets certifiés MCP...). Mais il est parfaitement évident que toutes les compétences de base sont largement disponibles sur le marché." Lesjeudis.com : Votre analyse n’est-elle pas un peu pessimiste ? RG : "Nous parlons plus précisément de la situation de l'emploi et du chômage en informatique qui est à analyser différemment de celle de la conjonture du marché et des résultats des sociétés. Nous pensons qu'il y a de nombreux problèmes structurels dans notre secteur qui sont indépendant de la conjoncture. En effet on peut s'inquiéter d'une certaine déconnexion entre : - la conjoncture (une activité et des offres d'emplois en hausse), - notre marché du travail (un déséquilibre persistant avec ce taux de chômage d'environ 10% pour le secteur, une situation souvent dramatique pour les seniors, toujours des licenciements abusifs, toujours un décalage entre les offres d'emploi, les prévisions de recrutement, le discours des DRH et la réalité elle-même du recrutement) - les prévisions de croissance et la situation financière de nos sociétés informatiques (un marché en récession mais des SSII qui parviennent dans l'ensemble à maintenir leurs marges voir même à accroître leur CA) Cette relative déconnexion est inquiétante, dans le sens qu'elle peut préfigurer une "croissance sans emplois" du fait notamment de la réduction massive des coûts, de l'industrialisation des services, de la croissance des délocalisations offshore. Cependant, il est vrai que quelques signes d’évolution sont encourageants : - Les recrutements par « anticipation de missions » des SSII (afin de ne pas rater les appels d’offres des clients qui sont de plus en plus courts…) - Les recrutements de jeunes diplômés dans des proportions plus importantes qu'auparavant. - La reprise des recrutements dans le conseil, notamment pour des consultants juniors, afin d’accompagner les projets de changements technologiques et de transformations. Ce sont des signes de confiance, quand on sait que les SSII recrutaient exclusivement depuis 2 ans des profils surtout expérimentés pour des besoins immédiats." Lesjeudis.com : L’équipe de Lesjeudis.com s’est rendu compte de l’exigence croissante des entreprises en matière de recrutement. Cette recherche du mouton à cinq pattes est-elle inéluctable selon vous ? RG : "Cette évolution est réelle en toute logique, mais doit être nuancée. - Oui car le parc informatique de nos entreprises s’est extraordinairement développé depuis la seconde moitié des années 90, soit autant de nouvelles compétences recherchées sur le marché du travail qui doivent être remises à jour régulièrement. De plus, beaucoup de projets informatiques sont des projets d’intégration (type EAI, interfaçage de nouveaux logiciels ou de nouvelles applis dans les SI), de transformations technologiques et de migrations (type «WebToHost») sans parler des nombreuses fusion. Autant de projets qui font appel à des technologies et donc des compétences variées. Il serait malheureux pour autant de vouloir appliquer à l’informaticien le dernier concept marketing à la mode à savoir le «On demand» : «l’informaticien sur demande» prendra-t-il le pas sur le projet de carrière que réclame la grande majorité des informaticiens : stabilité professionnelle et gestion proactive de ses compétences sur du long terme ? - Pas seulement car, si les profils hyper compétents sont surtout recherchés par des SSII qui embauchent sur mission, ce n’est pas le cas de toutes les SSII et ce n’est généralement pas le cas non plus pour les entreprises utilisatrices ou les sociétés de conseil qui vont privilégier tout autant les connaissances métiers (ou fonctionnelles) du candidat (ex. banque, finances, assurances) ainsi que sa personnalité (communication, relationnel, aptitude au management)." Lesjeudis.com : Que conseilleriez-vous aux candidats en recherche d’emploi ? RG : "J’aurais plusieurs conseils à donner : En ce qui concerne la « culture générale » et la communication chez les informaticiens, ce sont des thèmes qui reviennent souvent dans la bouche des recruteurs et responsables RH. En effet, ceux-ci réclament fréquemment une plus grande culture des informaticiens concernant aussi bien le monde de l’entreprise que le monde de l’informatique lui-même dans son ensemble : les recruteurs redoutent par-dessus tout des informaticiens trop confinés à leurs spécialités. En ce qui concerne la communication, il est souvent requis des progrès en termes de communication écrite et de présentation générale (CV, LM). Mais aussi en terme de présentation orale. L’anglais est bien sur un impératif de plus en plus fréquent : le passage de tests type TOEFL ou FCC est vivement apprécié. A propos du CV et de la lettre de motivation : Le CV idéal d’un informaticien est un CV cohérent où les expériences se complètent dans un parcours logique. Les compétences et qualifications doivent être détaillées dans une synthèse distincte des expériences professionnelles. Il est conseillé d’éviter par-dessus tout le catalogue technique. Avoir son CV sur site perso est une bonne chose. La lettre de motivation doit être aussi courte et concise que possible. Sur la question des formations, il faut parfois compter d’abord sur soi-même et suivre par exemple des cours en auditeur libre. Il peut être profitable sur un CV de valider une expérience (minimum 1 an) par le passage de certifications : faire jouer la concurrence car de nombreux organismes proposent le passage de tests de certifications avec des prix allant du simple au double. Enfin, il faut désormais commencer à s’intéresser aux possibilités de VAE – Validation des Acquis par l’Expérience – en prenant contact avec les facultés et les écoles qui proposent déjà des possibilités de validation de compétences par rapport à leur propres cursus (valable surtout pour les bac+2/bac+3). Quelques conseils divers pour bien mettre à profit sa période de recherche d’emploi : - Entretenir sa culture technique et sa connaissance du marché en participant à des séminaires, des salons et en lisant régulièrement la presse informatique. - Pour les développeurs, participer à des projets open source, développer des sites web, etc. A propos du « marché caché » de l’emploi : Internet est de loin la principale source de recrutement des informaticiens. Il ne doit cependant pas occulter le marché de l'emploi caché, basé notamment sur le réseau relationnel et la cooptation. C’est précisément ce marché qui est le plus efficace en période de crise. Pour cela, il est important d’avoir une démarche plus « offensive » dans sa recherche d’emploi : - en fonction de ses compétences, faire une « chasse intelligente aux offres d’emplois » et anticiper les besoins des entreprises à travers les salons, les séminaires, la presse informatique. - reprendre contact avec ses anciens employeurs, les concurrents de ses anciens employeurs, ses anciens clients, etc. - reprendre contact avec ses anciens collègues, les associations d'anciens élèves. La mobilité est bien souvent un impératif dans les SSII d’autant plus que la régionalisation de l’emploi high-tech se développe lentement mais sûrement au détriment de la région parisienne. Enfin, dans l’attente d’une embauche durable en CDI, et si la période de recherche d’emploi se rallonge, ne pas oublier les possibilités de l’intérim et du portage salarial." Merci Régis Granarolo d'avoir bien voulu répondre à nos questions. Pour aller plus loin : * Le site du MUNCI, ou vous touverez de nombreux chiffres et articles qui étayent les propos de l'interview. http://www.munci.org Dernière mise à jour: 26/10/2009 - 11:14 AM
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